60EME ANNIVERSAIRE DE LA PREMIERE GREFFE DE REIN

RENAISSANCES

REPORTAGE ⎮ SÉBASTIEN DI SILVESTRO

A la fin du mois de décembre 1952, Marius Renard, un jeune charpentier de 16 ans tombe d’un échaffaudage. Il est né avec un seul rein. Une violente hémorragie contraint son chirurgien de lui retirer l’autre. La dialyse n’existe pas encore. Marius est promis à une mort certaine.

Sa mère, Gilberte Renard supplie les médecins et chirurgiens de l’hôpital Necker de lui donner un de ses reins. On a bien deux poumons, deux reins. Et la médecine sait qu’on peut vivre avec un seul. Cependant la transplantation n’a jamais été pratiquée. Jean Hamburger et son équipe décident de tenter cette opération de la dernière chance,  la nuit de Noël. Avec une technique chirurgicale encore utilisée aujourd’hui. Contre toute attente, l’opération est un succès. Le rein prend et Marius recouvre ses forces. La France entière dédie ses Unes à «La Grande Bataille de la médecine à l’hôpital Necker». L’état de santé de Marius et de sa «Mère courage de l’humanité», est suivi par tous les quotidiens. Mais à la mi-janvier 1953, le rein de Marius cesse brutalement de fonctionner. On ne connaissait alors rien de l’immunologie, ni des traitements anti-rejets. Cent onze propositions de dons d’anonymes affluent spontanément de tout le territoire pour remplacer le rein maternel. Le don vivant venaît de naître. De la force de conviction d’une seule femme. D’une mère.

 

Marius Renard, décède le 28 janvier 1953. 5000 personnes assisteront à ses obsèques. Le traumatisme est partagé par l’équipe médicale de l’hôpital Necker qui attendra 6 années avant de réitérer l’expérience. La tentative infructueuse pour sauver Marius avait néanmoins ouvert l’ère de la transplantation. Sous toutes ses formes. Et dans le monde entier.

60 ans plus tard, Max-André Babet, 51 ans, prend la décision de donner un rein à son fils David, 29 ans. Avec environ 3500 greffes rénales par an en France, le geste ne relève plus de la stricte aventure médicale. Sans jamais être devenu anodin. C’est un long parcours de soins, de droit, d’éthique, de questions difficiles pour le donneur, le receveur en miroir et face à eux-mêmes, comme pour les équipes médicales. Mais quand les tissus biologiques se soudent, le cordon qui enchainait la survie à la machine se coupe. Littéralement, une renaissance. 

NDLR : certaines images de ce reportage sur une aventure humaine et médicale sont susceptibles de heurter la sensibilité. Il documente un parcours de greffe de bout en bout en suivant une famille et un duo donneur-receveur qui ont accepté d'incarner symboliquement ce 60ème anniversaire. 

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